Le naufrage politique de Sens Commun

Flash-back. Nous sommes le 26 novembre 2013 : un communiqué de presse nous annonce le lancement d’un mouvement porteur d’espoir : Sens Commun ! Une charte séduisante, des convictions, de la cohérence, de l’enthousiasme, des jeunes en politique. Tout semblait réuni pour renverser la table, et faire inscrire de force dans le programme de l’UMP, puis des Républicains, l’abrogation de la très scandaleuse Loi Taubira. On leur faisait confiance, puisque dans leur rubrique « Vos questions », ils indiquaient :

« Si nous ne parvenons pas à faire entendre nos principes fondateurs et à en marquer le programme des Républicains, quelle qu’en soit la raison, nous ne resterons pas dans un mouvement qui nous utiliserait comme de simples alibis ».

De belles promesses, pour sûr !

31 août 2016, campagne des primaires de la droite et du centre. Sens Commun suscite désormais, chez de nombreux Français attachés aux vraies valeurs de la droite, la méfiance, la défiance voire le sentiment d’avoir été trahis. Pourquoi cela ?

La déception et l’amertume ressenties à l’égard dudit mouvement sont le fruit de renoncements en cascades, observés depuis les élections régionales.

Sens Commun s’est converti à l’électoralisme. Quelques places de conseillers régionaux, quelques circonscriptions pour 2017, et le tour est habilement joué par les Républicains ! Les chevaliers de la famille sont devenus des agneaux, les domestiques de leur « famille politique ». Quel bilan pour les conseillers régionaux de Sens Commun en faveur de la famille ? Leur passivité face au pass contraception et aux subventions LGBT, notamment en Pays de La Loire ?

Chacun peut apprécier, à titre d’exemple, la dimension surréaliste de cet interview de Jérôme Duchesne, responsable Sens commun en Loire Atlantique, au média Breizh Info :

« On était au courant, quand même, que la région finançait le lobby gay. Mais on ne peut pas juste foutre le bordel, passez-moi l’expression, sans proposer des choses. Un vote de contestation ne change rien. »

L’illustre Jésus Christ disait pourtant : « Si vous rougissez de moi, je rougirai de vous devant mon Père ». Méditation.

Nous apprenons maintenant que Sébastien Pilard, ancien Président de Sens Commun et Conseiller Régional en Pays de la Loire, « fermement opposé au Mariage Pour Tous », a décidé pour sa part de soutenir Nicolas Sarkozy, lequel s’est quand même publiquement moqué de ses militants le 15 novembre 2014, lorsqu’il a déclaré vouloir « abroger puis réécrire la loi Taubira », avant de se raviser dans son livre « La France Pour la Vie ». La cohérence semble portée disparue…

La fraicheur, l’enthousiasme et la jeunesse font maintenant place à un sentiment de déjà vu : une démarche d’entrisme qui échoue, des cadres qui en ont pour leur argent puisqu’ils ont obtenu des mandats, et des militants déconfits. Du classique, en somme. Sauf que ce qui est plus grave, c’est de décevoir ces jeunes qui se sont engagés, et de les avoir utilisés comme des cautions, consciemment ou inconsciemment.

 

Par ailleurs, le choix de soutenir François Fillon est des plus cocasse. Le candidat souhaite, paraît-il, réécrire la loi Taubira, conserver le mariage homosexuel tout en réfomant la filiation. Ceux qui ont de la mémoire se souviendront que François Fillon préparait, en 2009, un texte de loi créant un « statut du beau parent », qui aurait eu pour effet de créer une filiation homoparentale sans le mariage. Soit l’inverse de ce qu’il propose aujourd’hui.

Sans doute François Fillon et Sens Commun invoqueront le droit à l’oubli, maintenant que leur union est scellée.

Cette décision semble également être une erreur tactique. Si l’on en croit les sondages, François Fillon (crédité de la quatrième place) n’est pas plus en position de gagner que Jean-Frédéric Poisson. Quitte à soutenir un « petit candidat » (expression générique mais teintée de mépris), Sens Commun ferait mieux de soutenir celui qui se rapproche le plus de ses valeurs, en l’espèce Jean-Frédéric Poisson, candidat qui démontre sa probité et sa cohérence doctrinale. […] »