Combattons le laïcisme !

Pierre MEURIN répond à Gaëtan DUSSAUSAYE, directeur du Front National de la Jeunesse : 

Douze lignes et sept phrases. C’est ainsi que se résume l’exhaustive pensée politique de Gaëtan DUSSAUSAYE, directeur du Front National de la Jeunesse, s’agissant de la laïcité dans les écoles. « La foi plus sûre que le savoir ? Le nouveau défi pour l’Ecole de la République » ; tel est le titre énigmatique du communiqué de presse commis par le membre du bureau politique mariniste (*).

Le jeune cadre du Front National réussit le tour de force de mélanger, dans ce texte lapidaire, André Malraux, les « valeurs fondatrices de notre pacte social », l’égalité homme-femme, le communautarisme ou encore l’Ecole de la République.

Ce communiqué prête à sourire. La citation convenue de Malraux, convoqué pour apporter une caution intellectuelle au texte, dissimule mal la naïveté de l’ensemble du propos.

Jugez plutôt : « La foi est, en effet, aujourd’hui l’un des défis majeurs auquel sont confrontés les enseignants dans nos collèges ». Fort bien. La solution apparaît ensuite, à tel point que nous sommes étonnés de ne pas y avoir pensé plus tôt : « fournir aux jeunes un socle de valeurs communes et un projet collectif incarnés par la Nation ». A la bonne heure.

De tels lieux communs, si l’on procède par analogie, se rapprochent de la rhétorique de l’extrême gauche, laquelle n’a de cesse de brocarder la religion comme étant la source de tous les maux répertoriés en ce bas monde.

Gaëtan DUSSAUSAYE est pris en flagrant délit de zèle laïciste. Il préfère défendre l’« Ecole de la République », aujourd’hui gangrénée par les idéologies progressistes, plutôt que d’admettre le rôle primordial, continu et bénéfique de l’Eglise Catholique dans l’histoire de notre Civilisation. Songeant certainement que la cohérence impose de mettre dans le même camp l’ensemble des religions, l’auteur a semble-t-il oublié que l’histoire de notre pays n’a pas commencé en l’an de grâce 1905.

Le communiqué déplore que nos « jeunes citoyens » accordent « une supériorité aux lois religieuses sur les lois civiles ». Accordons crédit au patron du FNJ de son combat contre l’islamisation d’un grand nombre d’écoles ; la France ne saurait s’adapter au communautarisme islamique en milieu scolaire. Mais ce n’est pas par le laïcisme que l’on combat l’Islamisme, c’est par la refrancisation de l’enseignement, dont le contenu se doit de transmettre cet héritage culturel fondé sur la sagesse grecque, l’ordre romain et l’influence chrétienne.

Quid des lois civiles ? Poussons le raisonnement jusqu’à son terme, en admettant que les lois civiles sont supérieures aux principes religieux. Si l’Assemblée Nationale votait une loi civile disposant que les expériences scientifiques sont autorisées sur le corps humain, devrait-elle toujours primer le principe, du moins supérieur, sinon religieux, selon lequel la vie humaine doit être protégée ? Le communiqué de presse litigieux semble répondre à cette question par l’affirmative ; un tel point de vue a pour effet implicite de cautionner toutes les dérives totalitaires ; le refus de tout principe supérieur aux lois humaines est dangereux à pour cette raison.

Nous faisons nôtre l’apostrophe d’Antigone à Créon : « la tyrannie (…) peut faire et dire ce qu’il lui plait ».

Saint Thomas d’Aquin, véritable monument philosophique de notre culture, écrivait ces lignes de bon sens dans la Somme Théologique :

« La législation humaine ne revêt le caractère de loi qu’autant qu’elle se conforme à la juste raison ; d’où il apparaît qu’elle tient sa vigueur de la loi éternelle. Dans la mesure où elle s’écarterait de la raison, il faudrait la déclarer injuste, car elle ne vérifierait pas la notion de loi ; elle serait plutôt une forme de violence ».

Nous n’avons pas de doute que pour se défendre, le directeur du Front National de la Jeunesse mettrait en avant l’insaisissable « Pacte social » qui s’opposerait à de telles dérives totalitaires. Toutefois, il manque à ce raisonnement un exercice de définition de ce concept fallacieux qui relève de l’abstraction.

Le laïcisme, selon lequel la religion devrait disparaître de la sphère publique, est une dérive idéologique ; la conception acceptable de la laïcité édicte la neutralité de la personne publique, oui, mais garantit l’exercice de la liberté de culte.

La juste distinction des sphères politique et religieuse n’a pas attendu la loi de 1905. Le Roi Saint Louis, édictant sa fameuse « Pragmatique Sanction », eut à cœur dès le XIIIème siècle d’affirmer cette distinction des autorités en se confrontant au Saint Siège, ce dernier estimant à l’époque disposer de la double souveraineté, temporelle et spirituelle.

Pour conclure en revenant au sujet de l’école, les JPF défendent une école publique fondée sur la transmission des savoirs, lesquels ne peuvent faire l’économie de l’influence spirituelle, culturelle et philosophique profonde de la religion catholique dans notre Pays. L’école doit être fondée sur le mérite et doit poursuivre l’objectif de l’élévation des esprits, sans oublier de promouvoir les principes de respect, de camaraderie et d’autorité qui rendront solides les futures forces vives françaises. Dans la poursuite de cet objectif, le rétablissement de l’uniforme, seul à même de faire disparaître les distinctions sociales à l’école, doit être défendu. C’est peut-être ainsi qu’une véritable lutte contre le communautarisme doit être engagée.

Nous attirons d’ailleurs l’attention du Front National sur le fait que l’enseignement libre, privé et catholique, que nous défendons, est aujourd’hui le plus sérieux et la meilleure source d’élévation de l’esprit. Ce paramètre doit être médité lorsqu’il est question de l’école.

(*) Le communiqué de presse contesté peut être consulté sur le lien suivant :

La foi plus sûre que le savoir ? Le nouveau défi pour l’Ecole de la République