Aéroport de Notre-Dame-des-Landes : le point de vue de Ph. de Villiers

Céline BARDY.

« C’est un mauvais projet pour la Vendée », estime le créateur du Puy du Fou. Entretien complet avec Philippe de Villiers sur le sujet du transfert de Nantes Atlantique.

Dimanche 26 juin, les habitants de la Loire-Atlantique sont invités à voter pour répondre à la question suivante : « Êtes-vous favorable au projet de transfert de l’aéroport de Nantes Atlantique sur la commune de Notre-Dame-des-Landes ? ». Si la Vendée n’a pas été incluse dans le périmètre de la consultation, les Vendéens, eux, ont un avis sur le projet. Pour faire vivre le débat, Ouest-France publie une enquête en plusieurs volets sur les questions que soulèvent le transfert de l’aéroport nantais. En parallèle, nous publions des points de vue de personnalités, d’acteurs et de militants vendéens sur le sujet. Aujourd’hui, entretien avec Philippe de Villiers, créateur du Puy du Fou, opposé au transfert de l’aéroport vers Notre-Dame-des-Landes.

 

Pourquoi le sujet Notre-Dame-des-Landes vous préoccupe ?

Pour trois raisons. D’abord pour le Puy du Fou, parce que c’est non classement aérien définitif. Deuxièmement pour la Vendée, parce que c’est un enterrement de première classe, parce qu’il s’agit d’un projet d’équipement insulaire. Comme dit un entrepreneur vendéen : « quand on construit une maison, on fait d’abord les allées pour y aller ». Et troisièmement, pour l’intérêt général. Parce que c’est un projet qui est pharaonique, économiquement bancal et écologiquement dommageable. Pour le Puy du Fou, le transfert de l’aéroport de Nantes Atlantique à Notre-Dame-des-Landes se traduira par un trajet supplémentaire, dans le meilleur des cas, d’une bonne heure mais plutôt une heure et demie. Les tours opérateurs, les charters qui veulent venir au Puy du Fou depuis l’Asie, mais aussi l’Amérique et la Russie, nous ont déjà fait savoir que le trajet supplémentaire les découragerait. Aujourd’hui, le Puy du Fou est dans l’euphorie mais nous savons que dans 5 ans ou dans 10 ans, toute une clientèle supplémentaire, qui vient de Chine ou de Russie, ne viendra pas si l’aéroport est à 2 h, 2 h 30, 3 h du Puy du Fou, c’est impensable, ça n’existe pas. Compte-tenu du fait que nous avons un enclavement ferroviaire total et défénitif, il n’y a pas de gare TGV et que nous avons un réseau routier pour le moins insuffisant. Donc pour le Puy du Fou, le développement sera oberré, mutilé, pour ne pas dire gravement handicapé. Aujourd’hui, un haut lieu touristique de niveau international comme le Puy du Fou et qui oblige à aller chercher l’avion à deux ou trois heures du Puy du Fou, c’est un non-sens. Cette donnée n’a jamais été prise en compte par les responsables du projet qui ne nous ont jamais consultés. Pas plus d’ailleurs que n’ont été consultées les compagnies aériennes. Pour la Vendée ensuite, c’est un projet inacceptable en l’état. On s’apprête à installer une île en plein champ à Notre-Dame-des-Landes mais les accès grandes circulations sont pour plus tard. Le 6 décembre 2002 lors de la séance du conseil général, à l’époque où j’étais président, l’assemblée avait voté à l’unanimité une délibération en forme d’exigence : que soit prévu et intégré dans le Schéma national des infrastructures de transports, le Snit, et de façon parfaitement concomittente par rapport à la construction de l’ouvrage aéroportaire, deux infrastrcuteres clés. Premièrement la construction d’une nouvelle desserte routière, passant à l’ouest du pont de Cheviré, permettant de relier Notre-Dame-des-Landes à l’A83, pour desservir le sud et l’est du département, et au CD117 pour desservir l’ouest du département, ainsi que la façade Atlantique, vers Challans, Saint-Gilles-Croix-de-Vie et Saint-Jean-de-Monts. Avec évidemment, une nouvelle ligne de pont, venant doubler le pont actuel de Cheviré, permettant d’éviter le goulot d’étranglement que constituera à terme, le contournement routier de Nantes. Et, deuxièmement, la création d’une desserte ferroviaire directe entre la gare de Nantes et le futur aéroport. Et donc, nous avions insisté à l’époque sur un point capital, c’était l’orchestration simultanée de la plateforme et des accès. Or, aujourd’hui, sous la pression d’un certain nombre de gens et notamment en Vendée, il n’est plus question d’autre chose que de la plateforme. La Vendée pendant des années a dit et moi, je maintiens ce point de vue, le franchissement de la Loire est une condition préalable parce que le temps de faire un pont, m’avaient répondu les préfets de Région à l’époque, est entre 10 et 15 ans, compte-tenu des études écologiques etc… Franchir la Loire c’est pas rien. Et donc, si on doit ouvrir l’aéroport Notre-Dame-des-Landes et ensuite attendre 10 ou 15 ans un pont hypothétique, évidemment, d’ici là, la Vendée aura été très largement sacrifiée. Ce que je crois c’est que la Vendée a été bernée et sacrifiée. Bernée, parce que les autorités qui mènent le projet, toutes catégories confondues, ont fait croire qu’il y aurait un pont, on leur fait encore croire qu’il y aura un deuxième franchissement de la Loire, les naïfs le croient encore mais les moins naïfs ne le croient plus. Mais en plus, et ce qui est beaucoup plus grave, c’est que le projet de Notre-Dame-des-Landes est tourné vers la Bretagne mais ne tient aucun compte du sud Loire et donc, sacrifie un territoire aussi dynamique que la Vendée.

Un mot d’écologie…

Il y a eu un rapport paru il y a quelques mois et qui montrait qu’il n’y avait aucune perturbation pour les oiseaux sur le lac de Grand Lieu et qu’il n’y a pas de dommages écologiques avec l’allongement des pistes à Nantes Atlantique, alors qu’il y a un grand dommage écologique si le projet se fait à Notre-Dame-des-Landes. Aujourd’hui, on nous parle du bruit, beaucoup d’aéroports prennent des mesures pour réduire les nuisances sonores, ça peut être fait à Nantes. Ensuite, la question écologique c’est quand même la destruction de zones humides qui sont très utiles pour réduire les risques d’inondation, réguler le climat et maintenir la biodiversité. C’est quand même 15 exploitations agricoles supprimées avec un des principaux bassins laitiers du département de Loire-Atlantique et donc des suppressions d’emplois durables. Les raisons de ce transfert me paraissent fallacieuses alors même qu’on peut maintenir Nantes Atlantique, en allongeant les pistes, pour un grand nombre d’années.

Que pensez-vous de la consultation, à la fois sur le principe et sur le périmètre de celle-ci, qui exclue la Vendée du périmètre ?

La consultation qui consiste à exclure les principales victimes du projet est une arnaque. Le fait d’exclure la Vendée, m’a-t-on dit au plus haut niveau de l’État est dû au fait que la Vendée aurait risqué de voter non. La Vendée est exclue du périmètre référendaire, parce qu’à Paris on ne savait trop comment la Vendée allait voter. Il est évident que le transfert de l’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, sans franchissement de la Loire autre qu’hypothétique, aurait sans doute conduit les chefs d’entreprise vendéens et beaucoup de Vendéens, notamment ceux qui travaillent dans le tourisme, à un vote négatif. C’est une arnaque des politiciens et derrière cette arnaque des politiciens il y a aussi une autre arnaque dont on ne parle pas. Dans cette affaire, il n’y a pas que des perdants, il y a aussi des gens qui vont gagner de l’argent. Puisqu’en fait le projet de transfert permettra de libérer plusieurs centaines d’hectares autour du site actuel pour une densification urbaine supplémentaire. Donc il y a des projets immobiliers considérables qui sont en attente. Et par ailleurs, de très grandes entreprises qui sont pour ce projet qui occassionnera plusieurs millions de travail. Mais on voit bien que la motivation du projet n’est pas dans le projet lui-même (…). Mais il y a des perdants. Les perdants eux, ce sont tous les passagers qui mettront une heure de plus voire deux heures. Et quand je vous dis une heure de plus ou deux heures, c’est peut-être plus parce que le pont de Cheviré, en cas de vents violents, est fermé, et par ailleurs, le déplacement de l’aéroport va créer des bouchons sur le pont de Cheviré et donc en fait, on risque de mettre 3, 4, 5 heures. Notre-Dame-des-Landes sera un désastre et comme tous les désastres initiés par les politiques, longtemps après, la responsabilité devient confuse, parce qu’elle devient diffuse. C’est tout le monde et personne.

Si le oui l’emporte, que ferez-vous ?

Moi, personnellement, j’ai quitté la vie politique et je n’ai pas l’intention de revenir dans l’arène. Simplement, mon autorité morale d’ancien patron de la Vendée, m’autorise aujourd’hui à dire : c’est un mauvais projet pour la Vendée, c’est même un projet qui va nous enclaver pour longtemps. Après, le Puy du Fou prendra ses responsabilités, en tant qu’aventure culturelle mais aussi en tant qu’entreprise économique, fera des arbitrages quant à son développement, qui tiendront compte de la nouvelle situation.

Est-ce que ça veut dire que vous ne prenez pas de décision d’agrandissement significatif tant que vous ne connaissez pas le résultat de la consultation ?

Exactement. Le transfert de Nantes Atlantique à Notre-Dame-des-Landes nous invite à la sagesse, je pèse mes mots, et donc à suspendre le projet de deuxième parc.

Projet que vous envisagiez à quelle échéance ?

Quoi qu’il arrive, dans la décennie et, probablement, dans les cinq ans. Le Puy du Fou restera le Puy du Fou mais les développements virtuels qui auraient pu naître de nos succès actuels seront entravés, lourdement handicapés, voire anéantis. Mais je m’en voudrais de ne parler que du Puy du Fou parce que beaucoup d’entrepreneurs vendéens, qui probablement se réveilleront trop tard, vont bientôt se rendre compte des conséquences pour les clients, les fournisseurs et pour l’image même de la Vendée. Je sais par expérience ce qu’a été l’image de l’enclavement vendéen dans les années 1980, je me souviens des colères légitimes des entrepreneurs vendéens. Quand je suis arrivé à la tête du Département, nous n’avions ni TGV ni autoroute. La Vendée s’est battue dans le même élan pour rattraper notre retard, nous avons eu le TGV et maintenant deux autoroutes, malheureusement la troisième, elle, est passée à la trappe. Aujourd’hui, le désenclavement aéroportuaire, il est décisif. Il n’existe pas de régions dans le monde qui se développent hors de la proximité d’une plateforme aéroportuaire, ça n’existe. Et donc la Vendée va devoir vivre en faisant cette expérience. C’est-à-dire aller chercher l’avion très loin et aller chercher les clients et les fournisseurs très loin. Pour le Puy du Fou, c’est rédhibitoire, c’est dramatique mais pas que pour le Puy du Fou j’imagine.

Source : Ouest France